Entretien avec une directrice d'U.F.R.

                

Quelle est votre fonction au sein de l'Université ?

Je suis enseignant-chercheur, professeur en littérature et poésie Américaines du 20ème/21ème siècle. Cela fait 4 ans que je suis à Nanterre. J'ai été deux ans la directrice du département d'anglais. J'ai pu commencer à travailler sur tout ce qui relève de la scolarité, des formations et de l'offre de formation. Au mois de mai dernier on m'a demandé si j'étais intéressée par la direction de l'Unité de Formation et de Recherche (U.F.R.) et j'ai dit oui !

Et à quoi correspond ce travail ?
La direction de l'UFR c'est une autre dimension, une grande pluralité d'activités. Si on veut, on peut les mettre en trois catégories : la première c'est les étudiants et c'est le plus important ! Il s'agit de vérifier que les relations que nous avons avec eux se passent bien c'est à dire qu'ils soient reçus à des horaires adaptés, par des personnes qui ont envie de leur parler... C'est vrai que lorsque l’on est Directeur d'UFR, sauf à aller en cours, on rencontre les étudiants souvent quand ils ont des problèmes. C'est un petit peu le côté négatif de la chose mais ça permet de résoudre les problèmes pour nos étudiants.
La deuxième partie c'est la projection, la planification. C'est vrai que j'aime bien penser à l'avenir et en dirigeant l'UFR je peux participer à la manière dont vont évoluer les cours et la recherche.
Enfin le troisième aspect c'est la gestion ! Un UFR c'est une petite entreprise avec un budget et du personnel... Il faut vérifier que tout le monde peut travailler en harmonie.

Combien y a-t-il d'étudiants en première année au sein de l'UFR de langues ?
1500 étudiants. La majorité des étudiants vont en Langues Etrangères Appliquées (L.E.A.). C'est vraiment le premier contingent d'étudiants en première année, ensuite c'est l'anglais puis l'espagnol et enfin l'italien, l'allemand et le portugais à peu près à égalité.
Bien sûr en L.E.A. c'est le couple de langues Anglais-Espagnol qui prédomine même si dans la nouvelle l'offre de formation on a étendu les possibilités de choix de couple de langues pour les étudiants.
Dans le bureau de la directrice.
Et pourquoi ce choix ?

Pour éviter que les étudiants se précipitent en Anglais / Espagnol. Il s'agit d'une combinaison très courante et par conséquent plus aussi bien valorisé / valorisable sur le marché du travail. Nous avons donc ouvert la possibilité pour les étudiants de choisir un couple de langue qui ne soit pas basé sur l'Anglais notamment pour ceux qui voudraient choisir Espagnol / Portugais pour l'ouverture vers l'Amérique Latine.

Est-ce que toutes ces nouveautés sont des spécificités de l’Université Paris-Ouest ou bien est-ce similaire dans les autres Universités parisiennes ?
Je suis convaincue qu'il y a des Universités qui proposent des couples de langues tel de l'Espagnol / Portugais. Par contre je serai assez curieuse de voir une aussi grande diversité dans l'offre et cela dans une même Université. Nous avons 9 langues enseignées et je pense que nous sommes dans le peloton de tête.

Parmi les nouveaux étudiants quels sont les BAC qui prédominent ?
En Langues, Littérature, Civilisation Etrangère et Régionales (L.L.C.E.R.) c'est évidemment le BAC L qui prédomine. En L.E.A., les BAC L et ES sont à exæquos. Globalement nous avons très peu d'étudiants issus de BAC S. En revanche nous avons des étudiants qui viennent de BAC pro.

Justement est-ce que ces étudiants issus de BAC pro réussissent aussi bien leur première année que les BAC généraux ?
Beaucoup d'élèves de BAC pro que je rencontre sont très anxieux à l'idée de ne pas « avoir le niveau ».
Je dirais que du point de vue de leur niveau, ils ne sont pas défavorisés. Je pense que c'est plutôt du point de vue des méthodes qu'ils ont à s'adapter. Finalement l’enseignement qu'on leur donne en première année est beaucoup moins appliqué que ce qu'ils ont pu voir. Même en L.E.A, les « applications » sont assez peu nombreuses en première année. Elles arrivent plus tard, à partir de la Licence deuxième année.
Il y a peut-être aussi des problèmes d'habitudes. J'ai le sentiment, peut-être à tort, que les élèves en BAC pro sont habitués à travailler en petits groupes alors qu'à l'Université (sauf pour les TD ou la langue orale) les effectifs sont plus importants.

Du coup quels conseils méthodologiques pourriez-vous donner à un étudiant en première année ? Autrement dit quelle est selon vous la meilleure astuce pour réussir son année ?
Apprendre à travailler tout seul. C'est un conseil un peu dur puisqu'il implique la solitude mais c'est aussi l'acquisition de l'autonomie. Personne ne va prendre l’étudiant par la main pour lui montrer le chemin ou ce qu’il doit faire. Il doit apprendre à aller en bibliothèque, à définir ses plages de TD, à faire des recherches bibliographiques ....
Il faut apprendre très rapidement que : ce que l'on reçoit en cours, n'est valorisé qu'à partir du moment où c'est retravaillé et approfondit. Très souvent les étudiants se trouvent pris de cours lorsque les partiels arrivent. Il faut donc apprendre à travailler régulièrement et surtout ne pas hésiter à demander de l’aide si on sent que l’on perd pied.

Lors des salons et des forums lycéens, on nous demande souvent quelle quantité de travail doit fournir un étudiant ? En effet, comme les lycéens savent qu'ils ont beaucoup moins d'heures de cours ils n'arrivent pas à quantifier l'effort de travail qu'ils devront fournir l'année prochaine. Avez-vous une piste à leur donner ?
On a tendance à considérer qu'il y a un « facteur trois » c'est à dire que quand vous avez 20 heures de cours vous avez 60 heures de travail personnel à côté. Bien sûr c'est variable et certains cours ne vont presque pas demander de travail personnel dans la mesure ou les étudiants pratiquent la langue durant le cours. Mais avec 15 heures de cours par semaine il n'est pas aberrant de travailler 30 heures … en plus !!!

Quelle est selon vous la principale qualité des nouveaux étudiants et leur principal défaut ?
Avec les étudiants de première année, on peut construire plein de choses. Ils ne sont pas encore figés dans leurs modes de penser et dans leur conception du monde. Ils arrivent facilement à s’ouvrir aux autres.
Le défaut … ils ont peur ! Pourtant, je trouve qu'il n'y a aucune raison d’être effrayé par l'Université. Ils ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas mais ils ont également peur pour leur avenir. On est dans une société incertaine ou on demande aux jeunes de se décider sur leur avenir très tôt et de manière quasiment irrémédiable. On leur demande de penser à leur projet professionnel dès la Terminale ! Me concernant je n'ai pas le souvenir d'avoir eu un projet professionnel en sortant du lycée.
Et puis il y a la peur de la sanction mais je pense que c'est propre à notre système éducatif. Ils ont très peur d'échouer alors qu'ils devraient avoir envie de réussir.

Est-ce qu'un étudiant doit s'investir dans la vie de campus ?

Beaucoup de jeunes pensent qu'il s'agit d’une perte de temps par rapport au travail qu'ils doivent fournir pour les cours.
Pour moi, cela dépend de la capacité de chacun. Tout le monde ne peut pas faire des journées de 20 heures ! C'est vraiment en fonction de l'énergie dont chacun dispose.
D'un point de vue pragmatique s'engager dans une association ou toutes autres structures peut être un moyen de penser sa professionnalisation.

Vous encourager les stages dès la L1 ?

Je ne vois pas la nécessité de se réserver. Après, rendre un stage obligatoire dès la licence 1 c'est un petit peu excessif. Par contre, on ne doit pas empêcher un étudiant de première année de faire un stage.

L'atout et l'inconvénient de l'Université ?
C'est une grosse machine, ça c'est le frein. Pour l'étudiant ça peut être perturbant.
L'atout c'est la diversité : le fait qu'à l'Université les étudiants viennent de tous horizons sociaux, de tous les pays...
Finalement le défaut de la structure gigantesque permet de construire son atout et d'intégrer les populations les plus diversifiées.

 Le SUIO remercie chaleureusement Mme Aji pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Mis à jour le 21 août 2014